mardi, 12 décembre 2017
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Réduire le phénomène de la radicalisation à sa plus simple expression dans la région ouest-africaine, tel est l’objectif que s’est fixé le cabinet BLM, dirigé par Ouezen  Louis Oulon. En effet, depuis 6 ans, ce cabinet mène des séances de formation et  de sensibilisation au Burkina, au Mali et au Niger.

  C’est dans ce cadre qu’il   a organisé, les 21 et 22 novembre 2017 à Niamey au Niger, une conférence internationale sur  le thème : «  Tolérance religieuse, management de conflits et paix ».  Pour l’occasion, plusieurs leaders de la religion musulmane étaient invités autour de la table. Il s’agit de prédicateurs, de maîtres coraniques, d’imams, de responsables d’instituts islamiques. Des hommes et femmes de médias du Niger et du Burkina étaient également de la partie. L’ex-rebelle touareg du Niger,  actuellement  ministre et conseiller du président Mahamadou Issoufou, Rhissa Ag Boula, l’ancien ministre burkinabè en charge de la culture, Mahamoudou Ouédraogo, le Cheick Ismaël  Mohamed, Ouezen  Louis Oulon, directeur du Cabinet BLM, et bien d’autres personnalités  ont  su  trouver  les mots justes  pour inviter les participants à   combattre   le terrorisme   à travers tout le Niger.    Ces derniers, après deux jours d’échanges à bâtons rompus, ont promis de contribuer à leur façon à ce combat en mettant ce qu’ils ont appris à la disposition  de leurs auditoires respectifs.  D’ailleurs,  ils ont relevé   que les  actes posés par les terroristes, sont loin de la religion musulmane.   « Les terroristes profitent  de certaines expressions musulmanes pour montrer  qu’ils posent leurs  actes  au nom de l’islam. Mais l’islam est loin du terrain dans lequel ils agissent. L’islam n’a rien  à voir avec ces tueries. D’ailleurs, l’islam interdit  d’ôter la vie de qui que ce soit. (…)  Ce n’est pas une idéologie  qu’ils défendent, mais  plutôt de la folie, dans la mesure où tout ce qu’ils font, c’est de  tuer.  Ils sont loin d’être des djihadistes. L’islam a sa manière d’organiser un djihad.  Par exemple, lorsque vous faites un effort pour  vous rapprocher d’Allah, c’est un djihad.  L’autre type de  djihad auquel on fait allusion,  c’est lorsque les musulmans   se trouvent  confrontés à des situations de guerre les empêchant de pratiquer leur religion ou lorsqu’ils sont chassés de leurs lieux d’habitation habituels. Ce qui n’est pas  le cas aujourd’hui.   En islam, pour organiser un djihad, il faut  réunir un certain nombre de conditions. Et ces conditions ne sont pas réunies aujourd’hui »,  a souligné Cheick Ismaël Mohamed. Pour mettre fin à ces cycles de violences, Moustapha  Boubacar a sa petite idée.

 

Dialoguer  avec  les  groupes extrémistes

Afin de  ramener sur le droit chemin ceux qui peuvent encore l’être, il faut dialoguer avec les groupes extrémistes. Sinon,  les combattre par les armes  n’est pas toujours la solution.

Dans sa communication, le Dr Mahamoudou Ouédraogo, ancien ministre de la Culture du Burkina,  s’est penché sur « les enjeux de la montée de l’extrémisme religieux dans la sous-région et les courants terroristes  en Afrique de l’Ouest : connexion et dissemblance ».  Pour lui,  l’exclusion, l’isolement,  le chômage sont, entre autres, les causes de la radicalisation.  C’est pourquoi, a-t-il dit,     les mendiants, les consommateurs de drogues, les sans-domicile-fixe sont des personnes vulnérables.  Autre facteur de radicalisation, selon l’ancien ministre burkinabè, les facteurs politiques, notamment les revendications des  groupes sociaux ou des régions que l’on ne prend pas en compte dans  les Etats nations, puisque  les pays africains  copient très souvent les systèmes politiques de ceux-là qui les ont colonisés.

La paix est menacée dans l’espace sahélo-sahélien ; il faut donc trouver vite des solutions, a prévenu  Rhissa Ag Boula, ministre  et conseiller du président  du Niger, celui-là même qui avait réussi quelques jours  plus tôt, à aider l’Etat du Niger  à saisir  une importante quantité d’armes dans le Nord du pays. «   Je voulais  faire comprendre aux participants que rien ne vaut la paix.  Dans un pays,  la  paix est fondamentale parce que sans la paix, on ne peut rien faire.   Cela est valable dans tous les pays.  Aujourd’hui, dans notre  espace sahélo-sahélien,  cette paix est menacée et ces  genres de forums font  en sorte qu’un  rappel soit fait à chacun.  Il faut trouver les moyens de  la sauvegarder et  la consolider.  Il faut sensibiliser et encore sensibiliser. Il  ne faut jamais cesser de sensibiliser nos populations sur le danger que constitue le terrorisme à travers les associations et toutes les couches sociales, pour que chacun comprenne le danger que constitue le terrorisme », a-t-il laissé entendre.

 Ils ont dit

Cheick Ismaël  Mohamed, prédicateur : «  Il n’y a pas   d’islam  dans le  terrorisme et il n’y a pas de terrorisme dans l’islam »

«  L’islam,  en tant que religion qui prône la paix, la sécurité, l’obéissance,  ne saurait être mêlé,  ni de loin, ni de près    au terrorisme qui, lui, est synonyme de tuerie insensée, de destructions massives de biens et de personnes. Il n’y a  pas d’islam  dans le  terrorisme et il n’y a pas de terrorisme dans l’islam.   L’islam et le terrorisme   sont deux choses  différentes, dans la mesure où le terrorisme, tel que nous le connaissons aujourd’hui, traîne des morts derrière lui. On ne sait même pas exactement ce que les terroristes cherchent, parce  qu’ils ne font que tuer des personnes innocentes.  On ne peut pas comprendre qu’au nom de l’islam on continue de tuer les gens, qu’on vienne mettre une bombe dans une mosquée. En islam,  l’âme est sacrée.  L’islam défend à tout musulman de tuer sa propre personne.  On ne peut pas comprendre qu’au nom de l’islam, on se permette  d’ôter des vies humaines innocemment.  Evitez  de faire l’amalgame  entre islam et terrorisme ou un terrorisme islamique.  Nous devons désormais comprendre que  l’islam est  à part et le terrorisme à part.  Il faut que les gens le comprennent.  Les terroristes prononcent Allah Akbar pour montrer  qu’ils le font au nom de l’islam. Mais l’islam est loin du terrain sur lequel ils agissent. L’islam n’a rien  à voir avec ces tueries. L’islam ne permet pas d’ôter la vie de qui que ce soit. »

Moustapha Boubacar, directeur de l’Institut de langue arabe et des études islamiques  de Diffa au Niger : « Pour  combattre la radicalisation, il faut savoir quelle est l’interprétation du coran et les hadiths que les leaders de Boko Haram ont enseignés à leurs éléments »

«  La situation  de Boko Haram s’est un peu calmée par rapport aux années passées.  Actuellement,  c’est seulement la ville de Diffa qui est bien sécurisée. Mais à  10 kilomètres de la ville de Diffa, on est en danger si on veut aller plus loin.  Il y a deux semaines de cela, on a égorgé le directeur d’une école primaire située à moins de 20 kilomètres de Diffa.  Il y a des repentis de Boko Haram qui se sont installés à Goudoumaria, un  village à l’ouest  de Diffa, à environ  187 kilomètres.  Ils ont été installés dans un camp construit à cet effet. L’Etat fait de son mieux parce qu’il a formé beaucoup de prêcheurs,  grâce au soutien du  HCR. Le problème est  que ceux qu’on appelle les repentis  de Boko Haram, ne sont pas de vrais  adeptes de Boko Haram.  Le vrai Boko Haram souhaite mourir  au lieu de se repentir.  La seule  façon de les faire changer,  c’est de dialoguer avec eux.  Les combattre par l’armée n’est pas toujours la solution.  Nous avons déjà des documents que nous utilisons pour enseigner dans les mosquées.  Nous donnons les interprétations justes du Saint  Coran aux autres imams et fidèles musulmans pour des arguments  justes, pour contredire les enseignements donnés aux adeptes de Boko Haram.

Ouezen Louis Oulon, Directeur de BLM

« Si on ne met pas la diplomatie publique sur la table qui permettra de mettre en place  un  système de plaidoyer pour travailler à déradicaliser ces groupes, nous allons assister à une montée du radicalisme »

 

« Je pense que ce qui est  important, c’est le feed-back des participants.  A les écouter, ils ont beaucoup appris. C’est  tout  à l’honneur du Burkina Faso. Nous n’avons fait qu’initier  une chose qui a pris une ampleur aujourd’hui. Il y a  6 ans  déjà  que nous  organisons ce genre de formation à travers la sous- région et pour la simple localité du Niger,  nous avons totalisé près de 300 personnes qui ont été formées. Des anciens chefs de guerre, des leaders de communautés religieuses, d’OSC qui, aujourd’hui, sont des  personnes porteuses de graines de la paix.  Cette formation a été d’un très bon niveau. Une formation qui a  permis aux  participants qui sont des leaders, des prédicateurs, enseignants coraniques, journalistes et imams, de discuter de la problématique.  Pour nous, c’est vraiment mission accomplie. Depuis l’Orient ou l’Asie,  on voyait la situation  se développer. En regardant le mécanisme de la radicalisation qui recrute parmi les pauvres, il était évident que l’Afrique de l’Ouest,  et l’Afrique de manière  générale, était un terreau favorable à ce genre d’esprit. On dit que ventre vide n’a point d’oreille. Donc,    ventre vide n’écoute que celui qui peut le remplir. Malheureusement, ils ont fait les recrutements  parmi ces derniers, et ce qui est arrivé, en tant que spécialiste de la diplomatie publique,  ne nous a pas surpris.  Nous sommes en train de nous inquiéter,  parce que les politiques  de lutte contre le phénomène sont un peu anarchiques.  Chaque pays a sa manière de faire. Malheureusement, cette force est en train d’être mieux  organisée que les Etats. Au point que  nous sommes très  inquiets, parce que lorsque vous regardez le mode opératoire au Cameroun, au Tchad,   au Mali,  au Burkina ou encore au Niger, vous vous rendez compte que ce ne sont pas des enfants de chœur. Ce sont des gens qui  ont une bonne organisation, qui arrivent, par le simple jeu de harcèlement, à déstabiliser les systèmes des armées bien armées. Au regard de cela, nous pensons qu’il est bien de mettre en place des groupes comme la force conjointe du  G5-Sahel chargés de combattre cet élément ; mais je pense que si on ne met pas la diplomatie publique sur la table et le système de plaidoyer pour travailler à déradicaliser ces groupes, nous allons assister à une montée du radicalisme. Audelà de la communication, nous faisons la diplomatie publique préventive. Vu la situation qui se développe dans la sous-région, il est nécessaire de mettre à côté du fusil, le côté diplomatique.  Vous pouvez frapper le plus faible. Mais, ce n’est pas évident que vous puissiez l’amener à se taire.  Il ne faut pas oublier le côté diplomatique qui va consister à semer les germes  de la paix, permettre à des leaders  comme ceux-là que nous venons de former, de retourner avec une bonne vision,   de  dire que nous sommes croyants, nous sommes libres  de choisir la religion que nous voulons,  mais dans notre croyance, il va falloir mettre de côté ceux qui  veulent exploiter notre foi pour poser des actes qui sont contraires à notre croyance  religieuse, contraires à ce qui est enseigné par  l’islam, le christianisme, l’animisme.   On ne dit pas aux gens de ne pas aller  à la mosquée, mais de faire attention à ce que les gens disent.  Faites attention à ceux qui veulent vous détourner de votre ligne droite, parce que le chemin de Dieu n’est pas fait de sang.  Le chemin de Dieu n’est pas fait de crime. »

Fati Kadiri, animatrice en langue Haoussa

« Ce que je viens d’apprendre va me permettre de  bien sensibiliser les femmes »

«  J’ai trois groupes de femmes de causerie, de débat et de sensibilisation  ici à Niamey.  Un groupe de femmes de  mon village, un groupe constitué de  mes collègues de service et  un autre dans une école medersa.  Cette conférence va me permettre  de  bien sensibiliser les femmes avec qui je travaille tous les jours.   »

Issa SIGUIRE (Le Pays)

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